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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 22:00

On ne naît pas de son enfance.

On y survit.

 

On dit que l'enfant est le père de l'homme. Un psychanalyste se fit appeler Erik Erikson - Erik, fils d'Erik, tant il y croyait.

 

Dans sa propre vie, on a toujours le choix. Parfois il est réduit, mais il existe, c'est ma conviction.

C'est pour ça que je n'aime pas les phrases qui commencent par "il faut". Il ne faut rien. Je veux, j'ai choisi de, j'ai envie de, j'ai peur de faire autre chose, les gens m'ont dit que. Mais il ne faut rien.

Il faut respirer pour vivre, boire, manger aussi, et n'être pas seul - c'est à peu près tout.

 

Mais pour ce qu'on est, on fait avec les cartes qu'on a reçues. On n'a pas eu le choix de naître ou pas. Et on n'a pas eu le choix non plus sur la composition de ses cellules et l'organisation de son psychisme.

 

Après ?

On est né. On a été enfant. On a traversé des épreuves. Pas toujours graves, heureusement.

On a été bousculé. On a dû trouver des solutions.

 

On est adulte maintenant. On a survécu. On a actionné des leviers, un peu la chance, beaucoup le hasard - ce qu'on a trouvé de disponible sous les mains ou dans les neurones. On a trouvé des stratégies, on les a appliquées, on les a intégrées, parfois on est devenu elles.

C'est pas toujours ce qu'il y avait de mieux à faire, mais c'est ce qui fonctionnait, le moins pire, le moins coûteux en énergie souvent aussi. 

 

On a affronté les taons qui venaient se poser sur les bras l'été, et qui piquaient si fort, les araignées qui faisaient si peur, et les ombres la nuit sur les murs. 

On a affronté les moqueries et les quolibets, la cruauté des enfants qui s'exercent à la vie sociale, on a appris à être gros, à être laid, étrange, lent ou différent, à être seul.

On a affronté le manque d'amour, l'abandon, ou les mots qui détruisent. Parfois la séparation des parents, parfois leurs disputes, parfois leurs silences, parfois leur absence. Parfois la peur, parfois la maladie.  

On a affronté des pertes, des enfants qui sont morts, des enfants qui ne sont pas nés, des parents ou des proches qui ne reviendront pas. 

On a affronté les conflits intérieurs de nos parents, les non-dits qui flottent, tout ce qu'on ne met pas en mot et qu'on ne sait pas penser - mais qui existe et qu'on reçoit. On a reçu leur histoire, leurs souvenirs, leurs souffrances, leurs rages, leurs espoirs, leurs désillusions, leurs impuissances. Leur protection, leur loyauté, leur dévouement absolu, leur tendresse, leurs soins, leur amour, si on a eu de la chance. Plus de chance qu'eux parfois, surtout s'ils ont connu la guerre. 

 

On a cherché sa place pour vivre. Pour mériter d'exister. Pour être aimé, parce qu'on peut s'en soucier, dans nos maisons aux frigos pleins.

On s'est mis à en faire trop, ou pas assez, pour payer le prix de notre vie par notre dévouement ou par notre effacement. Comme si naître ne suffisait pas pour avoir le droit de vivre.

Faut-il avoir été triste, enfant, pour avoir intégré cette idée-là ...

 

Bien sûr, je n'ai pas vécu tout cela - mais bien sûr, je parle aussi un peu de moi. 

 

Blaise Pascal affirmait que le hasard seul décide du choix du métier.

Ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas un hasard si on s'oriente vers les sciences par loyauté familiale inconsciente ... si on s'intéresse à la psychologie, au fonctionnement de tous ces gens qu'on observe de loin, faute de savoir se faire des amis ... si on choisit la médecine quand on n'a pas pu sauver un proche ... si on se tourne vers le social quand on a été seul ...  

si on exerce un  métier où on peut aider les autres ... dans des situations qu'on croit connaître ? 

comme pour rattraper le fait qu'on n'aie pas su s'aider soi-même

d'aider à aimer, il n'y a pas loin.

 

Et un jour on fonde sa famille, et on essaie de trouver le mode d'emploi. On sait mieux ce qu'on ne veut pas faire ! que comment se débrouiller au quotidien. On cherche, on tâtonne, on se prend dans la tête tout ce qu'on n'a pas aimé de soi ou de sa vie.    

 

Mais qu'on veuille s'appuyer sur son passé, le nier, y faire face ou lui tourner le dos :

on le garde comme pivot de ses actes.

... Tant d'énergie captive ...

 

La vraie liberté, c'est sans doute l'amnésie.

 

A défaut, savoir se construire autrement, en copiant les autres, en imaginant, en inventant le reste. Tant d'énergie libérée ... Il en faut de l'imagination, ou des blessures d'enfance, pour y parvenir.

 

On essaie, vous savez, on essaie.

 

Et puis un jour, un soir plutôt, on se retrouve face à sa fille de presque 4 ans, à tempêter parce qu'il est trop tard et qu'on en a ras le bol de l'entendre tous les soirs vous quémander une histoire de plus, et tous les soirs "maman, tu reviens 8 fois ?!"

Et on s'énerve, c'est tous les soirs la même chose, et arrête de me répéter que je reviens 8 fois !!!

et on a beau faire, et on a beau se voir, et on a beau ne pas se plaire, on continue à râler, à crier, presque méchamment, qu'on en a assez de ses caprices, de ses exigences sans fin, il faut toujours quelque chose de plus, quand est-ce qu'elle va arrêter !?...

Et on étouffe, on est fatiguée, on voudrait que le papa nous soutienne et lui il veut souffler aussi, on s'énerve parce qu'on est crevée, on s'énerve parce qu'on en veut au papa, on s'énerve parce que c'est dur et que ce n'est jamais suffisant ... Parce que c'est pas vrai que c'est que du bonheur ... On s'énerve et on tempête parce que c'est ce qu'on a vu faire et qu'on a appris, et qu'on ne sait pas mieux.

 

Et on est bluffée par le courage, la candeur et l'obstination de notre petite fille qui nous tient tête. Elle nous répond, alors qu'on ne questionnait pas, en expliquant d'une toute petite voix - les larmes ne sont pas loin - "mais maman, c'est parce que tu ne comprends pas !"

 

Et on se fige d'un coup, balayées la colère et la rage venues d'on ne sait d'où et ne menant pas plus loin ...

 

Car notre enfant continue son explication, nous rappelle cette fois - la veille, ou la semaine précédente - où on n'est pas revenue ... alors qu'elle nous attendait ...

Elle ne sait pas, elle n'a pas vu, notre toute-petite, qu'on était occupée à allaiter sa petite soeur. Qu'on comptait sur le papa, même si au fond on sait qu'il n'y retournera pas, qu'il est fatigué, qu'il n'a pas envie, qu'il prend ça pour une lubie sans importance. Qu'on a voulu papoter avec les copines et qu'on a oublié l'heure. Qu'on a joué la montre en attendant qu'elle s'endorme, parce qu'on en a tellement marre de ces journées sans fin. Qu'on a fait un bras de fer avec l'ours, le premier qui craque et qui y va, parce qu'on voudrait qu'il se bouge plus, qu'il nous soulage de certaines tâches, par prévenance, par gratitude, par amour - mais qu'on est si fatigués qu'on n'arrive pas à se parler. Et la pauvre est juste l'otage de nos tensions.

 

Elle ne sait pas qu'on est revenue, en espérant qu'elle dormirait ...

Parce qu'effectivement, elle dormait.

 

Et on la regarde, notre toute-petite, et on se regarde la regarder, et on ravale un sanglot de honte, et on se dit qu'au moins, on n'a pas tout raté. Parce qu'elle a parlé, et qu'elle a bien fait, puisqu'on l'a entendue, et qu'on l'a écoutée.

Et on la serre dans nos bras, et on assure qu'on comprend, et on promet qu'on reviendra. 8 fois. On explique à notre tour, et on l'embrasse, et on la respire, et on l'admire

notre enfant si confiante qu'elle a cru que si on ne revenait pas, c'était parce qu'on n'avait pas compris. 

 

Les enfants ne font pas ce que leurs parents leur disent de faire. Ils font ce que leurs parents font.

Peut-être que c'est pour ça que les mouflettes chantent. Que les mouflettes pleurent. Que les mouflettes crient.

Peut-être que c'est pour ça que les mouflettes rient. Et qu'elles aiment aimer.

 

Donnez-moi la force de donner du sens à ce qui a été, ou de poser le bagage, qu'elles n'aient pas à le porter.

 

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commentaires

virginie 22/07/2010 11:22



Oh nounette tu as raison , ce n'est pas que du bonheur même si on a l'habitude d'entendre ça mais pour autant  ce n'est pas non plus la peine d'analyser tout ce que tu fais  . Tu
es une bonne maman , parceque tu lui procures attention et amour , parceque tu prends la peine de l'écouter et parcequ'on sent bien tout l'amour que tu lui portes et ça c'est la clef pour être
un enfant et plus tard un adulte  heureux alors vraiment ne te torturres pas . Calvin est tres angoissé aussi , il a dormi avec la lumière et a encore peur la nuit et de rester bloqué
dans l'ascenseur entre autre , alors moi aussi j'ai bien cru que j'avais loupé un truc et que je reportais  .. Mon pédiatre m'a expliqué que les aînés ressentaient souvent une angoisse 
, moi même en tant qu'aîné je l'ai ressenti . Il a eu un petit traitement homéo que je suppose un peu placébo mais en grandissant ça se calme un peu  , j'ai pas toujours su réagir et moi
aussi j'ai craqué , j'ai laissé un peu courrir , j'ai même grondé  mais j'ai confiance je sais qu'il va devenir un jeune homme épanouï , en tout cas essayons juste de faire ce qui nous
semble être bon pour eux , c'est ce qu'on fait , ce que tu fais alors ne restes pas avec la sensation d'avoir mal fait c'est faux . Gros bisous .



CHONCHON 21/07/2010 16:06



Qu'est ce qu'on culpabilise dans ses cas là....


Je vous souhaite à tout les 2 beaucoup..... de repos.


Merci pour cette remise en question. Mais parfois je soule Arnaud avec mes débats et mes questions...il trouve ça pas nécessaire de chercher, à trouver la cause ou l'explication ou le but d'un
acte, ou autre...Ca me passionne


Gros gros gros bisous.



Marjolaine 21/07/2010 10:57



Bouh! tu m'as encore fait pleurer.


Vivement la piscine.



bedi33 21/07/2010 08:59



Je pense, mais je me trompe peut etre , qu'en écrivant ceci tu as deja posé le bagage Nounette !


Beaucoup de choses dans ce que tu as écris me font réfléchir sur moi et sur zhom ... lui qui retrouve son passé a 30 ans !


Je t'embrasse



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