Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 10:08

Je vois plein de mamans qui attendent leur deuxième enfant et se tordent les mains d'angoisse "est-ce que je vais savoir l'aimer pareil, l'aimer autant ?"

 

Alors moi, c'est pas vraiment une question qui m'a tourmentée à l'époque, même si je me la suis posée aussi. Mais c'est resté totalement abstrait.

Aimer pareil des enfants différents, ça ne m'a jamais paru crédible. Aimer autant, c'était sans doute la vraie question, mais elle glissait dans mon esprit sans s'arrêter.

 

Ca ne me tourmentait pas, parce qu'en vrai, comme d'ailleurs la plupart des mamans enceintes que j'ai connues, j'étais totalement tournée vers l'enfant déjà né.

La nounette existait, parlait, se déplaçait, demandait de l'attention, bref, c'est à elle que je pensais la journée …

Pour la poupette en gestation il restait quelques heures la nuit, quand je ne dormais pas.

Même ma culpabilité toujours prête à flamber était finalement tournée vers mon enfant présent, à qui j'imposais un changement radical … Rendez-vous compte, même pas deux ans, encore tellement besoin de nous, et déjà devoir partager l'attention parentale avec l'intruse à naître.… Elle allait passer de l'état d'enfant unique et choyée à celui d'aînée d'une fratrie. Ce serait pour elle la fin de l' "âge d'or", cette époque de sa vie où elle était pour nous au centre de tout. Et moi je le savais et pas elle, et je me tordais les mains d'angoisse, pour elle.

 

Finalement, au bout de 6 semaines de vie de la cadette, la réalité m'a rattrapée - et m'a même roulé dessus, me laissant laminée et écrasée de chagrin. A poursuivre le mirage délirant d'une vie inchangée pour la grande … j'avais complètement omis de faire connaissance avec la nouvelle venue. Qui, semi-prématurité oblige, s'était faite assez discrète le premier mois, mais se rattrapait dans l'expression de ses besoins et la réalité de sa jeune vie.

 

C'est la directrice de la halte jeux qui, me voyant désemparée, m'a donné cette leçon de vie que je garde en tête et que je transmets. Avoir une petite sœur, pour la nounette, certes ce n'était pas son choix - mais c'est sa vie. On ne peut pas la protéger de sa vie. Et nous, les parents, on fera d'autres choix pour elle, et ça sera aussi sa vie.

D'ailleurs, elle n'est pas mécontente des autres choix - qu'il s'agisse de son lit-de-grande, des vacances à la mer ou de la dernière venue.

Elle, elle a DEUX petites sœurs, et toc. C'est pas tous les copains et copines de sa classe qui peuvent dire pareil.

 

Et la poupette, dans tout ça ?

Alors déjà, concernant l'arrivée de la choupette, la poupette n'ayant jamais été enfant unique ça ne lui a pas révolutionné le quotidien … sauf que sa mère, débordée comme à chaque naissance, s'est mise à lui crier dessus (ce qui n'était jamais arrivé avant la naissance de nano).

Et puis maman-en-or était au clair avec elle-même, cette fois, et n'a pas stressé d'imposer aux aînées une petite sœur.

Ok, la place du milieu, dans une fratrie unisexe, c'est vraiment pas facile : maman-en-or a lu tous les articles qu'elle a trouvés et qui disent tous pareil, et a écouté toutes ses copines qui l'ont vécu et qui disent toutes que ça a du bon aussi (combats déjà menés, davantage de liberté …).

Menfin dans l'ensemble c'était plus détendu.

 

La poupette a pris sa place, même après l'arrivée de sa sissoeur à elle.

Parfois carrément à coup de baffes, ou en tirant les cheveux (de la grande sœur, qui ne riposte jamais, ce qui est tout à son honneur parce que ça fait super mal). Elle ne parle pas mais elle s'exprime, et on la comprend souvent. .

 

Mais justement, la poupette est muette. Et depuis que la poupette est passée dans son lit-de-grande, à 21 mois, maman-en-or est tourmentée.

Il a fallu presque 2 ans pour que ça la rattrape, cette histoire de "l'aimer autant".

C'est arrivé. A l'occasion de l'histoire du soir, du dernier bisou, du rituel nounettien de "et tu reviens houit fois maman".

 

Maman-en-or entre dans la chambre des grandes, et l'aînée l'appelle, l'accapare, lui raconte, demande, réclame, jacasse…

Et la poupette se tait. La poupette se glisse avec grâce dans l'espace que sa grande sœur lui laisse. La poupette ne réclame pas, la poupette accepte de passer toujours en second, limite elle semble trouver cela normal.

 

Et maman-en-or se tord les mains. Comment faire, comment équilibrer ? La poupette ne parle pas, ne se révolte pas, ne saisit même pas les perches tendues pour occuper plus d'espace. Maman-en-or veille désormais à lui faire régulièrement le bisou en premier, à la câliner aussi longtemps que sa soeur, à lui chanter ses comptines. Mais la nounette se rebiffe, réclame de l'attention, mouine, jalouse …

 

Dans la journée c'est pareil. Pas simple.

Donner autant d'attention qu'à la grande ?

Mais au même âge, savez-vous, la grande parlait. Et n'avait pas de grande sœur pour tenter de lui piquer la vedette. Et sa maman ne jonglait pas entre trois mouflettes ...

Maman-en-or avait tellement plus de temps, on faisait tellement plus de choses avec la nounette. Faut dire que la nounette était tellement moins autonome … la poupette a son univers, sa petite vie. Elle s'y installe paisiblement et se laisse oublier, pendant que la choupette hurle et réclame les bras.

 

Maman-en-or ne sait pas, maman-en-or se sent très démunie. Sa kiné de rééducation périnéale lui a dit "les enfants s'élèvent tout seuls, vous savez", elle trouve l'idée jolie et elle s'accroche à ça, faire confiance à ses filles - mais comment les accompagner, les aider sans les parasiter.

Etre maman, c'est le début de la peur, c'est le début du doute.

 

Et pourtant …

 

C'est arrivé comme ça. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, c'est apparu aussi doucement que parfois l'éclosion du sourire lumineux de ma cadette.

 

Toi que j'avais si peur de ne pas connaître, comment tu as fait ça ? c'est donc bien vrai que tu es un peu sorcière.

J'avais une petite fille et deux bébés, j'ai deux filles maintenant, j'ai deux filles et le bébé.

J'ai deux petites filles.

Car il y a toi, ma poupette charmeuse, toi qui réclames enfin ta part de câlins.

Même pas tu retires aux autres ce que tu prends, car en vrai c'est toi qui donnes. Qui rayonnes, qui projettes, qui offres.

 

Toi qui arrives, qui cours vers moi, qui tend tes bras encore tout potelés … et je te prends contre moi, et tu serres tes petits bras autour de mon cou, et je te respire pendant que tu te blottis, et je me ressource dans ton étreinte joyeuse.

 

Un seul de tes sourires adorablement espiègle illumine la pièce. C'est ta manière d'être, pétillante et radieuse … On se pousse du coude avec ton papa "regarde-la, mais regarde-la" et toi tu connais la force de ton sortilège. Et devant ton public déjà conquis, tu dessines ta joie de vivre de sourires ineffables - que je tente en vain de fixer en images faute de savoir les dire.


Comment tu as fait, ma magicienne, pour exister ainsi, sans un mot ou presque, sans bousculer, sans piétiner, sans faire mal, dans l'offrande de ce que tu apportes ?

 

Comme je voudrais graver dans ma mémoire, celle de l'âme et celle de la peau, ces moments où tu te précipites vers moi, où je m'agenouille pour t'accueillir, et où d'une poussée des talons tu tentes de me faire basculer … et je roule sur le dos, pour te faire ce plaisir, nos bras et rires entremêlés, et nous jouons – moi à me relever, toi à me culbuter à nouveau, jusqu'à ce que mes chatouilles ou mon fou rire interrompent le jeu …

 

Comme je voudrais conserver intacte l'émotion devant ton visage si expressif, ton entrain, ta manière tellement craquante de singer ta frangine en ajoutant ta petite touche à toi … ta petite voix qui fredonne avec tant de justesse tes airs préférés (la chanson d'Ariel la petite sirène, la musique de La Belle au bois dormant, la chanson des 7 nains – tes dessins animés favoris …). Ton entêtement, ta volonté farouche, tes refus obstinés et bruyants, tes oppositions féroces, tes jeux et tes demandes d'un air si sérieux et concentré …

toute cette place que tu prends, enfin,

et mes yeux se dessillent et je te vois qui sors de l'ombre, qui en es sortie depuis longtemps déjà, et qui existes, pour toi, par toi,

 

pour nous aussi.

 

C'est parfois juste ça la vie.

 

On a tellement peur de mal faire, de rater, de passer à côté, de ne pas savoir accompagner,

On court tellement, on est tellement tournés vers ce qu'on souhaite et ce qu'on guette ... 

 

Et puis juste là, juste ces moments, qui à force de vous emplir, vous font déborder, révéler, fondre

 

deux bras tièdes qui vous enserrent, une joue qui se presse contre la vôtre, et ce sourire, ce sourire, si malicieux, si mutin, si tendre,

 

une petite fille solaire, soleil, lumière, juste le bonheur de ta présence, ma poupette, juste te le dire une fois, j'ai eu si peur de ne pas te connaître, tu te rappelles, c'était il y a 30 mois et j'ai eu si peur, et maintenant je commence à te connaître et j'avais raison d'avoir peur.

 

Parce que j'en ai de la chance.

 

Et même quand je me plains, que je râle, que j'accuse la fatigue, je le sais, que ta grande sœur est fabuleuse, que ta petite sœur est merveilleuse

 

et que toi, ma poupette, toi tu es miraculeuse. Tu es ma petite sorcière que j'aime.

 

Viens me faire un câlin. Ou ne viens pas, et par-dessus ton épaule, dans un éclat de taquinerie, dédie-moi ton sourire.

 

Ma vie pour ces moments.

 

Ma vie, en mieux.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Nadi randria 11/12/2012 09:49


Lorsque je lis ce vous écrivez, je retrouve les mots que je n'avais pas quand ma petite puce est venue au monde. Vous avez trouvez les mots justes. Merci.

Audinette 20/06/2011 21:52



Bon, c'est déjà la troisième fois que je lis ce billet, et comme chaque fois, il me fait chavirer. Tu as beaucoup de talent pour mettre des mots sur tes émotions, pour les transmettre... Mais ce
soir, je voudrais juste te dire merci, parce que grâce à toi, ce soir, je n'emporterais ni papiers administratifs ni  cours dans mes pensées en allant me coucher, mais seulement de doux
souvenirs de moments partagés avec mes enfants... Bonne nuit!



Nounette 03/07/2011 21:23



Merci beaucoup pour ce commentaire qui m'a beaucoup touchée ...



Cylie 20/06/2011 18:04



Sniffff et puis c'est tout.


 


Bisous



moura 15/06/2011 23:31



je n'écris jamais de commentaire..... je suis venue sur ce site pour vos tutos qui me rendent tellement service ( au passage merci !!!), je suis maman (de deux...garçons !(...... et je pleure
devant ce message mais je pleure d'émotion..... merci ! merci infiniment ! ce message est plein d'amour.... ça fait du bien de voir autant d'amour.... parce que bien souvent, les mamans
n'xpriment pas leurs failles et que dans votre élan de courage et d'honneteté, vous exprimez si bien le fait que ce sont nos enfants qui nous apprennent à être parents.....!!!!!! qui est sans
aucun doute le métier le plus difficile qui soit !


MERCI !


Embrassez bien fort vos princesses ! et une bise de plus pour votre magicienne !!!!



Nounette 03/07/2011 21:27



Merci beaucoup pour ce très gentil commentaire très émouvant ! oui, ça je les embrasse mes princesses, et on sort souvent de nos gonds mais on n'oublie pas à quel point elles sont fabuleuses ...



audrey 24/05/2011 22:12



et ben moi aussi voila que je pleure c'est tellement beau ce que tu ecris !


je l'imagine ta poupette ta miraculeuse !! je pense souvent a vous ! je sais pas pourquoi c'est inexplicable ...


j'aimerai etre la le jour ou tes filles liront tout ces postes, tout cet amour que tu ecrit, que tu leur apporte ! tu es vraiment une maman en or ! n'en doute jamais !


bisous a toi et continue ces beau recit !!



Nounette 06/06/2011 23:13



Merci c'est adorable !



Présentation

  • : Ma vie en mieux
  • Ma vie en mieux
  • : 3 mouflettes en couleurs primaires font toutes les teintes de la vie.
  • Contact

Texte Libre

to be is to do             (Socrate)
to do is to be             (Sophostène)
to-be-do-be-doooo   (Sinatra)

Recherche

Citation

La vie a plus d'imagination que les rêves (La Belle Histoire, Lelouch)