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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 13:35
Aujourd'hui, c'était la visite de contrôle après 6 mois de roulage à la sortie des ateliers de réparation Necker (pardon pour le jargon, ça ferait marrer mes collègues et ça me fait bidonner seule aussi).
6 mois et 3 jours, pour être exacte.

C'est étrange, de revenir à l'hôpital Necker.
C'est étrange, de penser qu'on était là il y a une demi-année. Qu'avons-nous fait de tout ce temps ?

La poupette, je sais : elle a prospéré, et elle est en train d'essayer de désosser le pouf qui sert de table basse, et aussi de se mettre debout en tirant dessus (c'est comme ça qu'elle se renverse toutes les poussettes de sa soeur sur la tête, passons - n'appelez pas Enfance en danger, je suis à côté, je veille). Elle se déplace en glissant sur les fesses (poussant avec une cuisse et tirant avec le bras opposé) et parvient même à marcher si on la tient. Elle tète pour le plaisir, mange sans complication, observe tout assez calmement, réclame bras et genoux (être portée), et quand elle a décidé de jouer avec quelque chose, malheur à qui voudrait l'en priver, elle exprime bruyamment sa contrariété.
C'est toujours ma petite miss sourire, calme, zen, curieuse, et très très souriante. Elle nous réveille toujours la nuit, sinon le tableau serait trop parfait.

La nounette, je sais aussi : elle compte, elle dessine (des monstres, des hérissons ... l'autre jour elle m'a fait dessiner une famille de coeur : petit coeur, sa maman, sa sissoeur, son papa - dans cet ordre - et le temps que je me retourne elle avait ajouté des yeux, une bouche, et même un nez ). Elle joue beaucoup dehors, elle grimpe partout, se viande régulièrement, réclame de l'attention et des câlins (surtout quand on est un peu trop exclusivement préoccupé de sissoeur). Elle sait ce qu'elle aime et le réclame (il y a une semaine, alors que j'entrais dans sa chambre en pleine nuit pour y récupérer une couche pour sa soeur, elle a entrouvert les yeux, m'a reconnue, a articulé "moi veux un dévédé" et s'est rendormie ... et avant-hier elle a réveillé la maisonnée en hurlant, et a expliqué, en larmes, à son papa, qu'elle voulait manger des pâtes - s'est rendormie aussi sec). Elle fait preuve des prémisses d'une logique aussi comique que candide, le genre qui va nous valoir quelques bons mots dans les semaines et les mois qui viennent (il y en a déjà eu mais c'est tellement contextuel que ce n'est pas trop possible de les rapporter ici).

Et nous les parents ... on a fait ... des progrès pour retrouver notre couple, et des milliers de photos. Et quelques articles, ici, pour ne pas oublier le temps qui passe.

Mais le temps a passé.
Et revenir à Necker n'est pas neutre.
Il y a 4 mois, c'était encore très frais, j'avais observé tous ces bâtiments que j'avais appris à connaître "de l'intérieur", repensé à ces semaines de brume, de peine, d'angoisse, d'espoir et de chance. Je m'étais étonnée de n'être plus sûre de la station de métro à laquelle je devais descendre. J'étais allée voir l'équipe, sans reconnaître grand monde, pour leur porter des papillottes en chocolat.

Cette fois, c'est très sereinement que je suis descendue à la station, prévoyant déjà les étapes de "shopping" à la la petite boutique des bénévoles pour rapporter des bricoles à la nounette - qui passe la journée à la garderie pour l'occasion, et puis le déjeuner, où j'achèterais des yaourts à la noisette, découverts là et jamais retrouvés ailleurs (mais 6 mois plus tard, en vendent-ils encore ?).
J'ai aperçu la cafétéria, où nous avons passé tant de temps avec la nounette, avec ma soeur, ma mère, ou seuls, pour décompresser - et derrière, la peinture géante devenue familière.
J'ai suivi le chemin que je connaissais par coeur, je suis repassée devant les bâtiments - celui du fond de l'oeil, celui de la radio pour la pHmétrie, celui de l'IRM, celui de la réanimation, celui de la neurologie ...
J'ai gravi les marches de la clinique Robert Debré, tant de fois montées : de jour, de nuit, dans le vent, la pluie ou le soleil ... Plus de panneau annonçant que la porte de gauche était dangereuse - évidemment, j'ai voulu ouvrir, mais elle est désormais condamnée. Un regard vers les distributeurs de boissons chaudes et de sandwiches, et toutes les soirées et les nuits passées sur place me sont revenues en tête ... Un passage devant la boutique des bénévoles et ce sont les moments doux passés avec ma poupette en écharpe, pour s'échapper quelques minutes de sa chambre d'hôpital, qui reviennent à ma mémoire. Un coup d'oeil vers une des salles d'attente et ses étagères remplies de jouets, et je revois la famille de l'ours nous entourant, la nounette qui y jouait le week-end ... les images du passé, d'un passé lointain à présent.
(Pour celles qui se demanderaient : non, ils ne vendent plus de yaourt à la noisette à la cafétaria de l'hôpital, snif).

La neurologue nous a reçues presque à l'heure, s'est montrée comme toujours douce, attentive, chaleureuse. Elle m'a fait décrire les progrès de la poupette, a été soulagée d'apprendre que nous avions arrêté le scope pour surveiller son sommeil, a examiné mon bébé (très grognon parce je l'avais interrompue en plein jeu dans la salle d'attente, non mais sans blague). Elle l'a vue tenir assise très droite, manipuler les objets avec une "pince" du pouce très habile, suivre parfaitement du regard ... c'est ce qu'on attend d'un enfant de 10 mois (et pas plus, faut pas s'affoler sous prétexte qu'Alyssa marchait au même âge en appelant sa maman, que la nounette se déplaçait à quatre pattes et debout en appui sur les meubles, et que Félix savait faire couiner sa girafe - je le dis pour moi et aussi que la petite
Angèle le transmette à sa maman (Angèle qui fait des progrès spectaculaires maintenant que ses parents sont détendus)).
La neurologue a aussi vu la poupette se tenir seule debout appuyée contre une chaise, attraper avec délicatesse et faire voler mon téléphone portable (donné pour la faire patienter sans qu'elle mette à sac le bureau) ...

A la fin de l'examen, elle s'est dite satisfaite de l'évolution de ma poupette.
Elle a demandé des nouvelles de nos angoisses à nous (je vous dis qu'ils sont incroyablement à l'écoute, à Necker), s'est enquise de la date de l'IRM de contrôle (début août), et a proposé un prochain rendez-vous pour les 18 mois de micro.
Commentant dans un rire qu'elle ne reconnaîtrait plus micro, dont les cheveux et les dents auraient bien poussé (NDLR : on espère), elle a ajouté qu'à la fin de ce rendez-vous, si l'IRM ne présentait aucune information sur d'éventuelles séquelles, on pourrait envisager "de ne plus se revoir".

Et moi j'étais là, dans ce petit bureau à 50 mètres de la chambre de réanimation, et je me disais, quel chemin on a fait mon bébé.
Quel chemin tu as fait.

Alors je voulais te l'écrire ici, ce que je t'ai dit en arrivant dans l'enceinte de l'hôpital, pendant que je détaillais tout ce que j'ai décrit plus haut,
je voulais te dire merci, mon amour.
Merci de t'être accrochée. Merci d'être restée avec nous.
Merci à ton papa d'être allé te voir ce jour là. Je t'ai donné la vie, il te l'a sauvée.

Merci mon bébé si joli, si vive et si calme, si curieuse et si souriante.
Même si je manque de patience, même si les 10 mois écoulés n'ont pas été faciles pour moi, même si je me suis tellement énervée, si j'ai tant râlé de n'avoir pas de répit - ce sont mes limites, et c'était dur pour moi ...
même si j'ai pleuré de fatigue de toutes ces nuits hachées, à me cacher sous l'oreiller quand tu pleurais, à me réveiller en sursaut pour regarder les lumières qui clignotaient au vert ou guetter ta respiration ...

je suis infiniment heureuse de ces 10 mois que nous aurons passés ensemble.

je suis infiniment heureuse, de vous avoir vues grandir toutes les deux, de vous voir rire ensemble à présent, d'avoir cette chance inouïe de pouvoir vous regarder encore vous développer - peut-être pas tout le temps, mais tous les jours qui viendront ...

j'ai tenté de graver dans ma mémoire ces moments à trois dans les parcs ou à faire les folles sur le futon
tous ces moments de simplicité joyeuse qui m'ont gonflé le coeur de tendresse et m'ont noué le ventre

je suis infiniment heureuse d'être avec toi en ce moment,
je suis infiniment heureuse que tu sois mon bébé, que tu nous aies choisis pour t'implanter, pour grandir et pour rester ... que tu sois avec moi aujourd'hui

je suis heureuse de notre vie avec ta soeur et toi.

Merci pour ces 10 mois.

C'était un privilège mon amour. C'était une chance. Et c'est un bonheur. 

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commentaires

shazam 31/05/2009 15:46

(me rappellais pas que félix faisait ça à cet âge, mais je me souviens bien que la tienne faisait du 4 pattes, comme quoi on ne retient que ce qu'on veut!)
contente que tu sois rassurée, cette neurologue a l'air humain, et c'est un compliment de ma part!
maintenant elsa ne sera plus "ton bébé qui a failli mourir" (c'est lourd à porter) mais une magnifique petite fille qui se développe harmonieusement... qu'est ce qu'elle est belle!
plein de gros bisous pour les jours à venir, tu seras dans mes pensées mardi.

Ccmoa 29/05/2009 22:01

Gros bisous à toi jolie Elsa, ainsi qu'à ta jolie famille.

Spectaculaire est un grand mot, mais on y croit.Je suis juste une maman pressée d'être complètement rassurée.

Nounette 29/05/2009 22:37



je pensais au rouler-bouler sur ton lit après le kiné !
et la maman pressée d'être complètement rassurée, je connais, je m'inscris au club ... c'est jamais facile, et je pense que tu vas la scruter encore longtemps ...
Allez Angèle !



loune 29/05/2009 21:58

tout plein de bisous tout doux...

Kriss 29/05/2009 20:04

Gros gros bisous à tous les membres de cette belle famille.

bedi33 29/05/2009 18:34

elsa a de la chance aussi !!!
elle a une maman aimante, souriante, une maman en or !!!

gros bisous a vous 4

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