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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 10:53
On ne demande pas une médaille pour ces exploits quotidiens de mère de famille. On ne demande même pas des félicitations. Même se faire plaindre, c'est pas le sujet.
Mais une petite parole de reconnaissance, un petit commentaire un brin admiratif, jusque pour admettre que "purée, c'est pas facile ce que tu fais, et c'est bien que tu le fasses parce que moi je ne crois pas que j'aurais le courage ..."

Mais l'Homme est aveugle. Et l'Homme est muet.

Je lis souvent dans les messages de mes copinautes un reflet de mon propre découragement, devant cette attitude de l'ours.

Je lis aussi parfois une note d'espoir : "oui, je crois que là il s'est rendu compte ..." / "il a enfin réalisé à quel point c'est pas facile" / "il m'a dit qu'il ne savait pas comment je faisais" ...
Non, les filles. Attendre de nos hommes qu'ils participent, c'est normal. Attendre qu'ils reconnaissent le travail qu'on effectue en leur absence (ou en leur présence distraite), là c'est un mirage qu'on s'épuise à poursuivre. A part de la rancoeur accumulée, je n'ai jamais rien récolté de ce côté.

Il faut dire que le travail de la mère de jeunes enfants est doublement invisible.

Et pourtant, c'est du travail, même si ce n'est pas compté dans le PIB.
Je paierais 1200 euros par mois une nounou pour garder mes enfants - et ménage, lessive et cuisine resteraient à faire (ou à rémunérer). Et elle aurait ses soirées et ses week-ends (*). C'est donc une idée de la valeur marchande de mon travail. Parce qu'on ne peut pas chiffrer sa valeur sociale : c'est moi qui éduque, c'est moi qui éveille, c'est moi qui enseigne la vie (suis pas toujours le bon modèle, ahem, mais j'espère au moins que l'amour est tangible).

N'empêche, il est ardu de reconnaître ce travail.

D'abord, sur le principe, c'est ce qu'on appelle parfois du "travail discret". Vous savez, ce type de boulot ingrat qu'on ne voit que quand il n'est pas fait, comme le ménage, la maintenance, le ramassage des poubelles ... personne ne pensera à dire merci à l'éboueur si le trottoir est vide, personne ne pensera à dire bravo à la femme de ménage du boulot si les fenêtres sont propres, personne ne sait qui répare l'ascenseur. Mais quand c'est pas fait, on peste.

Au temps pour la gratitude.

En plus, qui va le reconnaître ? A moins de le faire soi-même, on n'en mesure pas la difficulté (et après, si j'en juge les commentaires de la génération précédente qui m'assure que j'en fais trop, que mes enfants ont trop de jouets, etc. il semble que tout sombre dans un bienheureux oubli ...)
C'est peut-être pour ça que les mères de familles se regroupent, c'est pour ça qu'il y a les mardi de Sabrina ... on compatit - au sens étymologique: on souffre avec. On se parle de nos difficultés, des obstacles, des doutes, du temps et de la patience qui manquent, du chagrin de trouver nos limites, de ce qu'on aurait voulu faire et de ce qu'on ne fait pas. En voyant l'autre se débattre, on mesure l'énergie qu'on a soi-même investie, on cesse de ne voir que le résultat qui n'est jamais assez, pour mesurer la tâche immense accomplie chaque jour, en forçant sa fatigue, toute entière dans un dévouement que l'Homme ne peut pas évaluer, lui qui ne voit que la surface, et encore, ce qu'il lui plaît de voir.

Pensez aux trains qui arrivent chaque jour : quelle masse colossale d'énergie, de technique et d'efforts déployés pour que l'usager arrive en forme - lui qui ne retiendra que les minutes de retard et les miettes sur le siège. L'usager ne sait pas juger le travail accompli.

Pensez aux professeurs qui se débattent chaque heure de cours, englués dans les contradictions d'un système qui oublie le réel. Le réel,  ce sont des enfants parfois dénués de repères, qu'il faut discipliner, qu'il faut écouter, qu'il faut soutenir, avant de réussir à enfin essayer de transmettre le savoir et amour de sa matière. 
Sans garantie de réussite, sans seconde chance, sans savoir si cela fera une différence.

Je ne suis pas prof, mais pour moi ça en a fait. J'ai retrouvé mes dictées de 4ème dans toutes les lectures du bac, j'ai appris la méthode, la passion, j'ai observé ces personnes qui ne savent pas que je me souviens d'elles.
Elève, je n'aurais pas pu juger leur travail. Je savais juste s'ils étaient sympas ou pas, s'ils étaient intéressants ou non.

Et je ne saurai pas aujourd'hui non plus juger leur travail, moi qui vais devenir parent d'élève, et à qui on va demander une implication, et qui aurai peut-être malgré tout un avis.
Seul un pair peut évaluer le travail du professeur seul dans sa classe - son travail mais aussi sa détresse d'équilibriste tout-puissant ...

Seule une mère peut mesurer le travail d'une autre mère; ce qu'il y a d'énergie, de courage, d'ingéniosité dans sa manière de gérer cette formidable responsabilité.
Et les usagers ?
Dans vingt à trente ans, quand ils en seront là où nous en sommes aujourd'hui, peut-être y repenseront-ils.
Alors la gratitude ? n'y comptez pas. Si nos enfants nous appellent dans 20 ans, pour nous parler d'eux-mêmes, sans qu'on ne leur demande, on aura déjà tout bon.
La reconnaissance, au sens reconnaître combien c'est pas facile et combien on est géniale, faut quelqu'un qui s'y colle pour s'en rendre compte, et c'est pas le cas de l'Homme, c'est pas lui la mère au foyer (et on était d'accord pour s'y coller).

Il reste les copines. C'est pour ça que j'écris ici.
Et il reste le doute. 

Parce que quand je dis que le travail est doublement invisible, c'est qu'on ne voit pas le processus, ça fait 2 pages que j'en parle, mais on ne voit pas non plus le résultat.
Pas de contrôle de maths, pas de vitre lavée, pas de train en gare.

On ne saura pas si on s'est bien occupées de nos mouflets avant qu'ils ne quittent le nid ... à supposer qu'on le sache un jour (et faut être honnête : le mieux qu'on puisse attendre, c'est qu'ils ne passent que 10 ans en thérapie par notre faute, et qu'ils viennent nous voir de temps en temps sans trop se faire prier, même s'ils ont un sèche-linge).
Du reste si on le sait avant c'est mauvais plan - que titou d'amour revienne dans la voiture des flics pour fugue, vol ou trafic de hash, ou qu'on récupère titounette à l'hôpital en coma éthylique ou en anorexie - c'est probablement qu'on a planté quelque part, mais où ?...

Alors je voudrais remercier Crème de Belle-Maman, qui n'a pas internet et ne lira jamais ce billet, parce qu'elle m'a dit, avec sa simplicité coutumière, la dernière fois qu'elle a gardé les mouflettes : "vous les élevez bien, mes petites-filles".
Purée, Belle-Maman, j'ai les yeux qui piquent quand j'y pense, je crois bien que rien de ce que j'ai entendu sur ma manière de m'occuper de mes filles ne m'a fait aussi plaisir ...

(*) Note : en vrai, on sait bien que les nounous rentrent récupérer leurs enfants chez la personne qui les garde gratuitement, et commencent une seconde journée, comme nous toutes. Mais au moins, disons que même si le travail est le même, la matière première change ...

cette note a été programmée

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commentaires

skiwi 07/05/2009 08:53

Comment ne pas se reconnaitre (tout ou partie) dans ton récit
J'ai de la chance d'avoir trouvé un modèle d'homme pas ours et qui parfois me dit "Je sais pas comment tu fais"
mais il prend le relais quand il le faut
J'espère élever mon fils de la meilleure façon qu'il soit puisque c'est la mienne et que je n'ai pas de chapeau magique avec une autre méthode à l'intérieur.
Alors mon mini moi de fils aura tout l'amour dont je dispose (et qui doit déborder parfois) pour qu'il grandisse de la meilleure des façon (puisque toujours la mienne)

Et au fait, tu es une très bonne maman et tu prends soin de tes enfants et tes filles ont de la chance de t'avoir comme super maman.

Ce soir tu rentres de ton mini séjour j'espère que tu auras pu prendre du temps pour toi

Je t'embrasse

fanfan 07/05/2009 08:41

Je ne sais pas si les hommes sont génétiquement programmés ou si la part éducative joue aussi beaucoup... moi j'ai un zhom "prince charmant", pas macho, pas aveugle, et papa poule... donc... il reste de l'espoir... en tout cas j'espère élever mes trois gars avec ancré dans l'esprit que la maman au foyer bosse tout autant que l'hommme qui part au boulot, et pourquoi ne pas inverser les rôles ??

Anne-Valérie 06/05/2009 21:34

alors ton message était très très long j'ai du m'y reprendre à 3 fois (à cause des gosses ;-) ) et pour réagir sans rien oublier ça va être coton...

déjà chui d'accord avec CCmoa, ta belle mère elle est quand même gentille de te dire ça... c'est pas la mienne qui me dirait ça... pas qu'elle pense forcément que je les élève mal mais juste parce que ça lui écorcherai la bouche de me faire un compliment...

sinon j'ai pas trouvé ton ours si ours... enfin faut dire que ma référence en matière de plantigrade c'est le grizzli de nenaure et là c'est du lourd lol disons que ton ours a pas l'air + ours que le mien...

mais ça n'en reste pas moins un homme qui n'a pas le chromosome de la mère de famille et qui effectivement ne se rend pas compte du travail abattu...

ici c'est même combat, genre il part bosser le lundi matin, rentre le vendredi soir, entre temps y a Mary poppins qui garde les gosses pendant que je me la coule douce... (ah non ça c'est moi aussi!!) et le vendredi il trouve rien de mieux à me dire que j'aurais pu ramasser les jouets qui trainent dans le salon ou que j'aurais pu faire autre chose à manger que du jambon et des pates... ou bien me sortir "ah les enfants tu les laves qu'un jour sur 2?" genre c'est pas suffisant...
donc au final moi j'attends toujours la fin de semaine dans l'espoir d'avoir un coup de main et en général j'ai pas le coup de main et en plus j'ai des remarques...

donc pour me venger (et le faire vivre dans la crainte...lol) je lui ai dit qu'un vendredi quand il rentrerait, j'aurai un sac de pret pour le week end et que je partirai me reposer et le laisserai se débrouiller avec les petits pour qu'il voit ce que c'est... il ne me croit pas mais je pourrais bien le faire!!

enfin des exemples j'en aurai 50 pour venir allonger ta liste...

sinon je ne suis pas sure que si ton gamin fait une fugue à 15 ans ou est anorexique ça soit ta faute de parent... même si forcément on culpabilise, on n'est pas responsable de tout ce qui arrive à nos enfants.

gafatice 06/05/2009 21:16

C'est tellement vrai tout ça. Mais comment tu fais pour "vivre avec ?"

Ccmoa 06/05/2009 18:27

Ne change surtout pas de (Crème de) belle maman!!!

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