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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 10:57

Il ne faudrait pas croire que cela a été une mauvaise expérience, de me lever la nuit pour ma nounette. Même après la reprise du travail, je trouvais une ineffable douceur à ces instants suspendus : me lever à l'heure des étoiles, sentir, écouter, humer, regarder mon enfant contre moi ... nourrie de moi ... repue de moi ... retournant à la paix de son sommeil. Et moi j'admirais son visage si pur, son petit corps détendu, et je restais assise encore un peu, pour tenter de graver l'empreinte de ces moments dans le berceau de mes bras.
J'ai aimé chacune de ces nuits. Je les aime encore. J'en retrouve l'empreinte.

Mais dans notre apprentissage de parents, les nuits ont été sans doute le sujet le plus épineux.
D'abord, il a fallu coucher la nounette. Pendant longtemps, elle s'est endormie au sein. Et pendant longtemps, elle s'est réveillée la nuit, pour téter. La diversification (et la purée du soir) a sonné l'heure des nuits complètes : il faut croire que même à 7 mois passés, la nounette avait vraiment faim la nuit.


Il a fallu ensuite apprendre au petit fauve à s'endormir, trouver un rituel pour notre enfant que la tétine ou les mobiles indifféraient. Pendant des mois je lui ai lu une histoire dans notre lit, puis elle tétait et s'endormait ainsi ... et même si je serrais les dents de devoir sacrifier mon temps si rare, chaque fois il y avait cette sensation de tendresse sereine devant le bien-être de mon bébé qui se laissait glisser dans le sommeil.
Mais la nounette, qui refusait de faire la sieste, refusait aussi de se coucher. Nous nous sentions désarmés face à ses larmes et hurlements de désespoir - la nounette a pleuré sans faiblir des soirées entières, c'est nous qui avons capitulé. Nous n'étions pas mûrs.

C'est la poupette qui a accéléré le processus. D'abord, en captant mon attention au 3ème mois de grossesse. Parfois encore, certaines nuits, la nounette se réveillait et réclamait le sein. Je ne pouvais plus, je n'y arrivais plus : mon corps ne lui était plus dédié. Ca a été un déchirement, mais la nounette a été sevrée de nuit.

Puis la poupette est née, et elle a fait de moi la mère de deux enfants. Je n'étais plus seulement la maman-tendresse dans le miroir de ma fille aînée, je ne me revoyais plus enfant à travers elle, je ne vivais plus les émotions que je lui attribuais et je ne culpabilisais plus de lui infliger ce chagrin inouï qu'elle semblait manifester lors de la séparation. J'étais la mère de deux fillettes à qui il était de ma responsabilité de donner un "cadre".
Ca n'a pas été tout seul - ça n'est pas dans ma nature, je n'avais pas envie d'être la seule à le faire - mais j'ai planté les premiers piquets, puis j'ai construit le cadre.

Il faut être honnêtes : la nounette l'attendait ce cadre, elle le réclamait. Elle a adoré le concept, les repères, et aussi la rébellion qu'il autorise. J'ai tenu, l'ours a suivi. La nounette aussi, bien forcée.
On ne peut pas dire que j'en sois fière, parce que j'ai mis longtemps à y arriver, mais on peut dire que je me suis sentie soulagée. Il a fallu deux ans pour que je trouve le mode d'emploi ... de ce qui semble si naturel aux autres mamans autour de moi.
A ma décharge, j'invente mon schéma. C'est difficile, mais ayé, on a trouvé les rails.

De son côté, la poupette a commencé à prendre une petite place en cododo à côté de moi dans notre futon, et tout doucement, à notre grande surprise, son temps de sommeil de nuit s'est allongé. Elle a dormi une nuit entière, puis une deuxième.

Sur quoi, il y a eu l'accident. Puis l'hôpital.
Il y a eu le retour de l'hôpital.
Il y a eu la fatigue, l'épuisement nerveux - déjà bien engagé avec une grossesse sans repos, une aînée active qui réclamait mon attention le jour, et une cadette qui s'éveillait et réclamait mon attention le jour aussi (!) et la nuit. Et je n'ai pas dormi une nuit entière depuis.

Car depuis le retour de l'hôpital, nos nuits ont été chamboulées.

D'abord, la nounette a refusé de sortir du futon parental.
Ca, c'est ma faute. Ca s'est joué au retour de l'hospitalisation de ma poupette, mon minuscule bébé laissé en soins intensifs. Quand ma nounette s'est réveillée cette nuit là, en percevant notre présence à 3h du matin, elle était aussi traumatisée que nous et a voulu dormir avec nous ... j'ai supplié l'ours d'accepter. J'avais besoin d'entendre sa respiration, sa vie à côté de la nôtre, pour retrouver la force d'affronter ce cauchemar.
L'ours, lui, refusait de tout son être une situation qui "gommait" symboliquement l'existence de la poupette.
Mais il vu mon désarroi, il a vu l'angoisse de la nounette : il a cédé.

Et la nounette a vite retrouvé ses marques.
Et au retour de l'hôpital, elle a bien sûr refusé d'abandonner ses nouveaux privilèges.

Le papa voulait avant tout qu'elle réintègre son lit : il a donc décidé de dormir au pied du lit de la nounette, pour la sécuriser.
Ce qui était un arrangement de fortune pour quelques soirs a duré un peu longtemps, comme en témoignait le matelas de camping posé derrière la porte. Puis un jour, chez la psy, la nounette a déclaré "ai plus besoin que tu restes avec moi papa".
Alors là, fallait pas le dire deux fois en ma présence.
Sur les conseils de la même psychologue, nous avons le soir même aménagé un petit lit séparé pour la poupette, sur un matelas de bébé posé à côté du futon. 
La nounette, plusieurs soirs, a bien redemandé "papa, é veux que tu restes ..." mais l'ours a fait semblant de croire qu'elle voulait une histoire de plus.

Ainsi, depuis quelques semaines, chacun a rejoint son territoire. Le coucher de la nounette est toujours assez long, mais c'est la décision et donc le problème de l'ours, qui trouve à son tour une certaine douceur à ses moments passés seul avec sa fille, à la regarder s'endormir.

Et ensuite, toute la nuit, la poupette nous réveille.
Je suis sa tétine. Elle n'accepte rien d'autre. Son papa, parfois, se lève pour la promener et la rendormir lentement. Hélas, rien que l'appareil qui surveille son sommeil est un frein, avec les électrodes qu'on ne peut pas débrancher avant que notre entêtée ne hurle à plein poumons - réveillant sa grande soeur (et tous les parents devinent notre crispation rien qu'à cette idée).

Bien sûr, j'ai lu tout ce qu'il y avait à lire sur le sujet, ou presque. J'ai écouté la psychologue, le pédiatre, l'ostéopathe ...
Je sais que je fais partie de son processus d'endormissement, et qu'elle doit apprendre à trouver son sommeil seule.

Ce ne sont pas les pleurs qui m'arrêtent. Je sais bien que les pleurs, ce sont surtout les parents que ça embête. Souvent, quand la poupette tombe ou qu'elle est fatiguée, je lui explique qu'elle a raison de pleurer. Je lui dis que moi aussi, quand je suis fatiguée, je pleure.

Mais si elle a peur ? Elle a failli mourir pendant son sommeil.
Mais si elle a mal ? Elle grimace et se tord la nuit, et d'après la PHmétrie justement son reflux la gêne surtout la nuit.

Si je la laisse hurler le temps qu'elle s'endorme et que je découvre plus tard qu'elle souffrait ou qu'elle était terrifiée, je ne me le pardonnerai pas.
Et j'ai assez à ne pas me pardonner pour une vie entière.

J'ai donc écrit à la neuropsychologue qui l'avait suivie à Necker. Qui m'a répondu très rapidement, très gentiment, et très professionnellement.
Et puisque d'après elle, ma poupette n'a pas peur (puisque je suis là !) et "elle ne souffre pas, elle s'exprime", j'ai pu enfin convaincre l'ours d'emmener la poupette apprendre à s'endormir seule dans le séjour - là où ses hurlements ne risquent pas de réveiller sa soeur.
Et je suis restée la nuit à côté d'elle, pour rassurer ... le papa.

C'était cette nuit.

Alors bien sûr, le billet précédent était un poisson d'avril (on s'amuse comme on peut).
Merci à Fanfan pour ta danse, ton énergie va me servir.

La poupette m'a réveillée plusieurs fois (et je ne parle pas du bip de la machine). Elle a hurlé tout ce qu'elle a pu pendant 45mn quand on l'a couchée, elle s'est réveillée plusieurs fois et à chaque fois elle m'a réclamée ... je lui ai parlé sans me lever, et elle a pleuré, et elle a lutté, et elle m'a attendue ... et elle s'est endormie.
Brazelton a dit "une semaine".
Je compte dix jours.

Dors mon bébé. Nous ne te laisserons plus partir.
Ou pas avant longtemps.






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commentaires

emmanuelle 02/04/2009 15:54

courage à toi, tu tiens le bon bout

CHONCHON 01/04/2009 20:32

ton texte est long mais tellement facile à lire!
Tu (vous êtes)es sur la bonne voix.
C'est pas facile de trouver quelquechose, une parade pour que nos poussins s'endorment seuls.(candice uen fois couchée ok, mais si elle se réveille en lien, nuit parfois, on met 3-4h à l'endormir pour de bon!)
on croise les doigts pour cette nuit,mais bon, tu n'es pas encore au bout des 10jours ;)
sinon, pour ta Nounette, essaye l'efferalgan pédiatrique en pipette, il est au caramel,e t c'est aussi du paracétamol ;)
gros bisous et bonne nuit à toutes les deux.

Anne-Valérie 01/04/2009 20:02

Pour Ethan j'ai eu le phénomène maman sucette, sauf que la fusion c'est pas mon truc... donc ma cousine qui était venue me tenir compagnie pendant que l'homme était à Vegas, a trouvé en remplacement, son petit doigt... mais bon pas très pratique quand elle est partie en week end chez ses parents... donc à 1 mois, quand il a finalement accepté, Ethan a eu une sucette, et a arreté de jouer la sangsue avec moi. Par contre il a toujours eu des problèmes pour s'endormir, et se réveillait dès qu'il perdait la sucette...

Hugo a pris la sucette dès la maternité parce que j'ai dit tout de suite non à la maman sucette... mais bizarrement il est beaucoup moins accro que son frère et pas de problème de dodo... alors avec le recul je me dis que peut être j'aurais du emmener Ethan voir un ostéopathe dans ses premiers mois, peut être que Hugo dort bien parce qu'il était en siège donc tranquillement assis, et qu'on l'a sorti doucement par césarienne (enfin j'étais là et ça secouait quand même!!) ou alors chaque bébé est différent...

Mais aussi Ethan quand il se réveillait la nuit il ne se rendormait pas, il hurlait 2 heures jusqu'à la tétée suivante, alors que Hugo une fois repu, il s'endormait en 20 minutes... je m'étais préparée à revivre l'enfer et ça a été plutôt cool, mais dans l'autre sens ça doit faire un choc ;-)

bedi33 01/04/2009 19:41

pourquoi a chaque fois que je te lis, je finis en sanglots ??? tu m'expliques !!!

je pense a toi, à ces nuits sans sommeil ...

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