Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 09:16

"Oh ! " s'exclame la nounette, interdite, "poser le téléphone ?"

Jusqu'ici et depuis qu'elle a compris le nom et l'usage du téléphone, l'instrument a toujours été posé au-dessus des immenses enceintes de l'ours, de chaque côté de la télévision (à présent elle-même également immense, c'est un truc d'ours ça l'audo-visuel).

La nounette doit se mettre sur la pointe des pieds pour attraper du bout des doigts la télécommande du lecteur de dévédé à côté du téléphone, pour dire comment les enceintes sont immenses.

Mais depuis quelques heures, plus d'enceintes. L'ours les a vendues via un site internet, et les a donc emballées dans leur carton.

Et la nounette, découvrant l'absence de ce porte-téléphone, est un peu perdue.

 

Je lui explique que son papa a vendu les enceintes, mais pas la télévision hein, et puis c'est chouette ça fait plus de place pour les jouets, regarde !

 

"NON !!! moi veux pas !!! "

Le cri est sans appel, et le geste aussi : la nounette se précipite vers les cartons géants, qu'elle vient d'apercevoir et dont elle comprend intuitivement le rôle, et les entoure de ses bras en gémissant de désespoir. C'est un bout de son univers qu'on lui arrache.

J'ai le nez qui pique rien qu'en le racontant, mon pauvre petit bout. 

 

Et je pense au déménagement que nous envisageons, pour offrir un peu de pelouse et de temps maternel à nos mouflettes ... Je pense à mes bébés peut-être bientôt déracinés (enfin si on a un jour le courage d'aller prospecter à temps pour la rentrée scolaire).

 

Je pense à toutes les décisions que nous allons prendre pour elles. Aux décisions que nous avons prises avant même qu'elles ne naissent, à toutes celles qui restent avant qu'elles ne volent de leurs propres ailes …

 

J'ai parlé de la peur, j'ai parlé des nuits, j'ai évoqué le ravissement, je n'ai pas parlé du doute.

 

Le déménagement me renvoie à mon enfance, à tous les déménagements imposés par le métier de mon père … je les ai toujours acceptés comme allant de soi, je n'ai pas le souvenir d'en avoir souffert. J'en ai juste gardé une indifférence (que je soigne) pour le nom des rues, un grand scepticisme sur les promesses d'amitié éternelle (et pourtant, j'ai retrouvé une amie de primaire, et j'ai encore une amie de collège, plus d'un quart de siècle que ça dure (ouhlala)) et des souvenirs dans presque tous les coins de France.

 

Est-ce que mes parents ont douté quand ils faisaient nos cartons ?

Il paraît que la naissance de ses enfants vous amène à mieux comprendre vos parents.

En tout cas, désormais je pense différemment à eux. Ou plutôt, j'essaie de les imaginer dans mon rôle – mais j'ai du mal.

Avant que j'aie des enfants, mes parents étaient une certitude, une continuité dans le temps, je savais ce qu'ils acceptaient ou non, et que j'aie pu être d'accord ou non, ce qu'ils me disaient n'était jamais une surprise : c'étaient mes parents, c'était normal.  Jamais  je ne m'étais demandé s'ils avaient hésité, soupesé, s'ils avaient arbitré entre plusieurs choix, s'ils avaient eu peur de se tromper. S'ils avaient eu des regrets. S'ils avaient eu peur pour moi.

 

Je comprends pourquoi mon père se souvient aussi bien du jour où je suis tombée sur la tête du haut d'un muret, il y a plus de trente ans. Je devine les inquiétudes que vont faire naître les vocations futures de mes mouflettes, leurs résultats scolaires … faudra-t-il encourager leurs aspirations même si elles ne sont pas réalistes ? …

 

Je me rappelle les discours préoccupés de mon père, quand je m'obstinais dans la voie scientifique et quand ma sœur ne parlait que de théâtre …

Il nous a soutenues. Sans faille.

Je porte le flambeau pour vous mes chérinounettes.

 

Même encore aujourd'hui, quand chaque jour m'amène un vertige de questions, un tourbillon de choix dont aucun n'est bon ou mauvais, dont même la cohérence ne me garantira pas le bonheur de mes filles … même aujourd'hui je n'arrive pas à me dire que mes parents aussi ont douté. Ils sont un pilier. Moi je galère.

 

Est-ce que là, je dois laisser ma fille pleurer ? qu'est-ce qu'elle va en apprendre, l'abandon ou la retenue ? Est-ce que je dois m'excuser d'avoir crié ?

Est-ce que mini me comprendra mieux si je lui parle doucement ? est-ce que je dois lui prendre le visage pour la forcer à me regarder ? est-ce que je dois insister ?

Est-ce que j'ai raison de lui nommer ses émotions ? est-ce que ça va l'aider même si je me trompe ?  

A présent quand je m'énerve, la nounette me demande d'une petit voix sérieuse : "maman, es fatiguée maman ?" et si je hausse le ton elle m'examine "maman, pas contente ? en colère ?" (ce qui fait retomber d'un coup ma tension).

Et depuis qu'elle m'a fait un bisou un jour où j'étais à bout, et que j'ai trouvé ça tellement touchant que je lui ai dit que ça m'avait fait du bien, quand elle me voit au bord de la crise, elle trottine jusqu'à moi, m'enlace et me fait un bisou. (Je l'aime).

Est-ce que ma poupette saura s'épanouir avec les miettes qui lui restent, entre ma fatigue, sa grande sœur et mon manque de patience ? Est-ce que j'arriverai à faire mieux ?

Est-ce qu'il faut que je leur cache quand j'ai peur ?

Est-ce qu'il faut que je leur explique le monde, est-ce qu'il faut que je les en protège ?

Est-ce que je dois forcer mini à manger des légumes, ou est-ce que je dois accepter qu'elle les refuse et éviter de la braquer ?

Est-ce que c'est grave si je laisse l'ours mettre la nounette devant un dévédé tous les matins, pendant que je grappille quelques minutes de coma ?

Est-ce que je dois modérer les manifestations d'affection un peu brutale de la nounette envers sissoeur, ou est-ce que si je les tempère trop souvent la nounette risque d'être découragée ?

Est-ce que je dois cacher mes larmes ?

Est-ce que les filles vont voir ce qu'elles gagnent si on déménage ou est-ce qu'elles vont en souffrir ? comment on les console ? moi j'avais mon jumeau …

 

On parle de l'instinct, on me dit de le suivre …

Mais quel instinct ? Dans la plupart des situations, je suis totalement perdue, je n'ai même pas la vision de tous les choix possibles … J'arbitre au jugé, en espérant que si je me suis trompée j'aurai l'occasion de me rattraper. On a combien de vies dans ce jeu là ? combien d'occasions peut-on manquer ?

J'essaie de limiter mes principes pour que la cohérence soit plus facile à maintenir. Je veux leur sécurité, je veux leur sociabilité, je veux qu'elles se respectent et qu'elles respectent les autres, je veux qu'elles sachent qu'elles sont divinement aimables et que je les aime, et qu'elles me font trop rire. Qu'elles sont ma vie en mieux.

 

J'espère que nous saurons choisir les bonnes routes. Rendez-vous dans trente ans …

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Géraldine 19/03/2009 13:41

ça a été la grande question quand nous avons fait le projet de venir ici. Et j'ai le coeur qui se serre parfois quand mon plus grand me dit qu'il aimerait revoir son cousin Lucas ou son copain Bastien. Mais dans l'ensemble, leur adaptation s'est très bien passée et je pense que les bénéfices sont nettement plus nombreux que les désaventages !

nenaure 19/03/2009 11:02

Nous avons un impact, c'est certain! Mais on ne maîtrise pas tout, il y a une composante essentielle dans tous ces dilemnes que tu te poses et les choix que tu fais, c'est le caractère des Nounettes. Et il est impossible de savoir si le choix sera bon ou mauvais, le meilleur ou catastrophique... et chacune des deux réagira à sa manière!
Comment ton jumeau et ta soeur ont-ils vécu les déménagements? Pareil que toi, mieux ou moins bien? Les voyages forment la jeunesse, c'est sûr, mais ils ne forgent pas l'être, ils ne font que renforcer sa tendance naturelle... Nous avons aussi déménagé tous les 4 ans en moyenne, pour les mêmes raisons, mais rien vécu pareil: ma soeur est très "chien", elle a le sens de la meute, elle a toujours eu besoin d'avoir un réseau, des monceaux de copines, des groupes soudés, chaque déménagement a été un déchirement de laisser ses amies, mais elle s'en est refait aussi sec à chaque nouvelle ville, et a gardé des liens très forts par delà le temps et la distance avec plusieurs amies; alors que moi je suis très "chat", solitaire, réservée, mais aussi indépendante, je n'ai jamais bien réussi à m'intégrer, j'ai eu chaque fois des "copines" mais jamais aucune "meilleure amie" à la vie à la mort, quand j'arrivais dans la place, toutes avaient déjà une meilleure amie, et ce n'était pas moi... du coup je n'ai gardé que quelques contacts éphémères qui ont fini par se rompre au fil des changements d'adresse, mais au lieu de ça je bénéficie d'une grande adaptabilité au changement, je n'ai jamais peur de tout laisser pour aller vers l'inconnu, je me réajuste très vite dans un nouvel environnement (au boulot aussi), alors que ma soeur est un peu 'casanière". Alors quel aurait été le bon choix pour mes parents? déménager ou pas? je crois qu'il n'y a pas de réponse absolue, hélas...
La seule chose dont tu peux être convaincue, c'est que tu fais les choix en ton âme et conscience, avec tout ton amour et les meilleures motivations possible! Rien que pour ça, elles ne pourront jamais t'en vouloir, toi aussi tu seras la continuité, la stabilité, leur ancre dans le changement (et si un jour elles font une psychanalyse, c'est forcément toi qui auras tous les torts, de toute façon, quoi que tu aies fait et choisi, lol!)

skiwi 18/03/2009 14:35

Pour les routes à prendre, seule toi sais lesquelles il faudra prendre... (je sais je ne t'aide pas)
Pour le déménagement, un petit bout de verdure, c'est tres tres bien! Parole d'Adam! qui n'a pas du tout souffert de notre déménagement et qui dort même mieux maintenant!

fanfan 18/03/2009 14:30

nous ne nous sommes pas posés la question quand nous avons déménagé de normandie pour venir dans la vienne. c'était une évidence, on allait vers le mieux pour tout le monde... Joran et Alec avait l'âge de Mewen aujourd'hui.

Présentation

  • : Ma vie en mieux
  • Ma vie en mieux
  • : 3 mouflettes en couleurs primaires font toutes les teintes de la vie.
  • Contact

Texte Libre

to be is to do             (Socrate)
to do is to be             (Sophostène)
to-be-do-be-doooo   (Sinatra)

Recherche

Citation

La vie a plus d'imagination que les rêves (La Belle Histoire, Lelouch)