Partager l'article ! NOS NUITS SONT PLUS COURTES QUE NOS JOURS: Il y a 3 nuits, alors que je berçais ma poupette fiévreuse, entre de brusques soubresauts& ...
Il y a 3 nuits, alors que je berçais ma poupette fiévreuse, entre de brusques soubresauts après lesquels
elle se tortillait en geignant (mais sans se réveiller), je me suis demandé pourquoi, alors que je ne pouvais pas l'allaiter, je n'avais pas pour une fois donné les commandes à l'ours.
J'aurais pu m'offrir une vraie nuit, presque la première depuis une demi-année. Et c'est lui qui aurait eu le plaisir d'une journée brumeuse, après des réveils toutes les heures - sans parler de la machine qui, jalouse que la poupette ait crié avant elle, alertait par de longs bips rageurs que le coeur ralentissait (comme si je pouvais y faire quelque
chose...).
Quand enfin la poupette a tété, vers 4h, quelques micro-tétées sans rien rejeter, j'étais plutôt contente d'être là.
A 7h du matin, alors que j'étais prête à aller réveiller l'ours pour qu'il prenne le relais, parce que moi je ne me sentais plus capable de m'occuper de mon babinou tellement je n'avais qu'une
seule obsession : qu'elle me laisse dormir ! ... elle s'est apaisée pour de vrai - et pour une heure. Le papa s'est levé juste à temps pour me permettre de dormir une
petite heure, suite à quoi il a bien fallu prendre la permanence de jour, avec mini fauve en pleine forme.
Et là j'ai appris que Sabrina (vous savez : ma copine, l'idole de mes filles, celle des Mardi de Sabrina), était à l'hôpital avec son bébé à elle, déshydraté par le même microbe.
Je l'ai appris après qu'elle y ait passé la nuit.
Et cette nuit encore, elle dort là-bas, avec sa fille, si tant est qu'on puisse dormir dans un hôpital ...
Alors je voudrais lui dédier une pensée.
A elle, et à chaque maman que je connais, qui se lève, inlassablement, chaque nuit s'il le faut, 3 fois, 8 fois s'il le faut, pour se lever à nouveau le matin venu, ni fraîche
ni dispose mais présente. Efficace au travail, sans souffler mot de ses nuits harassantes, dont elle porte pourtant la fatigue et le souci. Attentive, aimante dans son foyer, et
culpabilisée de n'être pas la maman charmante et joyeuse de son idéal. Donnant sans réfléchir, sans y penser, l'énergie qu'elle n'a pas et qu'elle invente. Qu'elle invente. Je ne sais pas
comment.
Je ne sais pas comment font les mères (dont je suis pourtant) pour parvenir à se préoccuper autant de leurs tribus. A porter leurs petits en elles, et
ensuite à les porter encore ... et leur porter compassion, attention, tendresse. Et amour, cette chaleur qui rayonne et brûle au creux du ventre ... et crée peut-être la force qui
les transporte.
Vous qui me lisez, chaque minute, même dans l'abîme d'une fatigue sans fond, vous pensez à tous vos proches, vous organisez, vous aplanissez, vous adoucissez, vous harmonisez. Même si vous
n'avez plus l'énergie pour vous, vous la trouvez pour les autres - et même pour moi.
Je n'ai pas oublié la mobilisation de mes amies pendant l'hospitalisation d'Elsa. Mes amies, mes collègues, qui ont appelé, écrit, qui ont mobilisé leur mari pour lui laisser les enfants, faire
un détour après le travail, affronter les bouchons, perdre du temps de famille ... ou se garer sur le bord de la route pour écouter mes sanglots de terreur et prendre le temps,
malgré les enfants à l'arrière et ceux qui attendaient, de trouver des mots qui apaisent, de parler, parler pour faire revenir le calme, pour remonter mes pensées, pour garder ma raison par le
fil d'une voix.
Je pense à mes copines, qui se chagrinent tant de ne pas être la Mère qu'elles voulaient devenir. Sans voir combien elles sont touchantes dans leur volonté inouïe de construire à leur portée le
plus doux chemin vers l'âge adulte.
Et toutes ces nuits en pointillés, encore et encore, à s'abrutir d'un dévouement qu'elles ne mesurent même pas. Ces nuits fantômes que personne ne saura, qui s'inscrivent en creux dans leur
histoire et dans leur corps - ça rend seul, ça rend triste, parfois ça rend fou. Et on en vient à oublier qu'on a choisi, et on croit qu'on subit. Et on se désole de monter la voix, et on se
désespère de se découvrir brutale, et on s'en veut de n'être qu'une.
Et on croit qu'on peut tout porter, et on s'effondre, et on lutte avec hargne contre nos limites - comme si nos enfants ne pouvaient pas les apprendre : puisqu'elles sont là.
Et on s'épuise, d'avoir oublié la formule du plaisir pour soi qui nourrit l'élan pour les autres.
Et on se déteste, parce qu'on est tellement exténuée, parce que parfois l'homme n'assure pas, parce qu'on ne l'y aide pas avec notre tendance à tout prendre en charge sans un mot et sans une
demande.
Et on fait face, parce qu'on ne sait pas quoi faire d'autre, parce qu'il y a les petits, parce qu'il y a notre histoire, et notre envie. Et parce qu'il y a tous ces moments, ceux qui nous
font des étoiles dans les yeux et ceux qu'on anticipe.
Personne ne le dit et personne n'en parle, parce que les enfants c'est que du bonheur, seulement être leur mère, purée, c'est pas facile.
Même si on ne voudrait pas être quelqu'un d'autre que leur mère, et même si on crèverait d'être ailleurs que là, à les regarder grandir en s'appuyant sur nous.
Car on y est les filles. C'est pas grand chose et c'est tellement.
Un point d'ancrage.
Alors Sabrina, juste pour toi, et pour les journées qui vont suivre, pensées pour celles que Lynda Lemay chante si joliment - et qu'on ne sera jamais, mais on est bien quand même.

Longtemps j'ai cru que la marmaille
J'en voudrais jamais dans mes jambes
Que j'endurerais jamais qu'ça braille
Même en punition dans une chambre
Longtemps j'ai cru que la marmaille
Y avait des filles faites pour ça
Et qu'elles méritaient des médailles
Et j'étais pas de ces filles-là
Mais d'où me vient cette envie folle
Mais d'où me sortent ces idées-là
Cette passion des cours d'école
Cet attendrissement que voilà
J'm'émeus devant les femmes enceintes
Qui magasinent les berceaux
Qui ont les seins gros comme ma crainte
D'avoir toute la marmaille à dos
Toutes mes certitudes s'écroulent
J'veux d'la marmaille à moi
J'veux moucher les p'tits nez qui coulent
J'veux mettre ça en pyjama
Je veux qu'ça crie, je veux qu'ça saute
Que ça brise des matelas
Et j'veux qu'ça salisse des chaises hautes
J'veux d'la marmaille à moi
J'sais pas pourquoi, mais la marmaille
J'croyais qu'ça m'aimait pas la face
Que ça priait pour que j'm'en aille
Quand j'arrivais dans leur espace
Longtemps j'ai cru que la marmaille
J'en aurais jamais sur les bras
Qu'j'avais ni l'cœur, ni les entrailles
Assez solides pour porter ça
J'm'émeus devant les femmes enceintes
Qui magasinent les berceaux
Qui ont les seins gros comme ma crainte
D'avoir toute la marmaille à dos
Toutes mes certitudes s'écroulent
J'veux d'la marmaille à moi
J'veux moucher les p'tits nez qui coulent
J'veux mettre ça en pyjama
Je veux qu'ça crie, je veux qu'ça saute
Que ça brise des matelas
Et j'veux qu'ça salisse des chaises hautes
J'veux d'la marmaille à moi
J'veux nettoyer les genoux qui saignent
J'veux d'la marmaille à moi
Je veux qu'ça boude, je veux qu'ça s'plaigne
J'veux emmener ça au cinéma
J'veux ressusciter l'père Noël
Je veux que ça y croie
J'veux qu'ça attrape la varicelle
J'veux d'la marmaille à moi
Mon univers a basculé
J'veux d'la marmaille à moi
Et c'est depuis qu't'es arrivé
Que j'veux d'la marmaille...
... J'veux d'la marmaille de toi.
Et une pensée pour mes filles, que j'ai chacune à leur tour bercées dans le cocon duveteux des nuits striées. Avant de retourner à mon sommeil malmené, j'admire la pureté infinie
de leur visage en repos, que je dévore des yeux.
Vos visages qui vont changer, ils me manquent déjà.

La vie a plus d'imagination que les rêves (La Belle Histoire, Lelouch)