Bon, je me suis fait bien renvoyer, par quelques
copinautes, à ma posture condescendante sur la question de l'orthographe - et à mes raccourcis fumeux sur les bribes de savoir que j'ai de matières que je ne maîtrise pas.
Commençons par le sujet initial de mon post précédent.
Je tiens à l'orthographe parce que j'aime cette
discipline. Ce n'est pas une science, c'est une règle. Une règle de vie en société, comme l'est l'habillement par exemple. Regardez autour de vous, une personne qui fait des fautes ou qui
s'habille mal ne grimpera pas facilement l'échelle sociale. On peut trouver ça naze mais c'est réel, je le constate régulièrement au boulot.
On peut aussi s'en foutre et être qqn de
fabuleux.
Je ne porte pas de jugement sur le contenu des écrits.
Mais moi je trouve qu'écrire correctement est une marque de respect. J'y attache plus de prix qu'aux fringues qu'on porte ou à leur style. L'orthographe, c'est gratuit, et sauf
pathologie, ça se maîtrise par la volonté et par l'exercice.
Pour autant, c'est pas une fin en soi. Et ça ne dit
rien de la richesse émotionnelle de la personne. Et ça n'a rien à voir avec la culture. Et je demande pardon pour avoir ricané sur les magazines pipole, un écrit c'est un écrit, et je respecte,
moi qui n'ai jamais pu prendre une note sur un livre ou un journal tellement je trouve ça sacrilège.
N'empêche, il ne faut pas croire que ce soit neutre,
la langue écrite.
Je ne vais pas faire un cours sur l'évolution des
langues, je n'y connais quick (juste lu qq ouvrages) bien que la linguistique me passionne autant que la psychologie, la sociologie, l'ethnologie et l'interculturel ... enfin tout ce qui me parle
des gens ...
Le langage c'est la
pensée : ce n'est pas moi qui l'écris ce sont Wallon et Vygotski "la pensée se reflète dans le langage comme la lumière dans une goutte d'eau", écrivait ce dernier (je le crois pas que j'ai
retenu ça de mon cours de psycho du travail d'il y a 4 ans).
Et là où il y a pensée et langage on n'est pas loin de
la culture et de la société.
Mais l'histoire ne s'écrit … que par l'écrit. Or, non
seulement le langage se modèle, mais sa transcription écrite porte la trace des conflits et des luttes de pouvoir autant que de la richesse du patrimoine oral des régions. Et dans ma culture
familiale autant que nationale, le patrimoine c'est important, c'est le respect des anciens, la sève qui coule dans nos racines. C'est peut-être pour ça que je trouve l'orthographe
attachante.
Du reste, disais-je, la langue écrite n'est pas
neutre.
Le canadien n'est pas le français. Et ce n'est pas un
hasard si les panneaux routiers rouges hexagonaux au Québec portent l'inscription "Arrêt" et pas "Stop", dans un pays où la langue est presque un axe de résistance. L'espagnol du Mexique n'est
pas celui de l'Espagne, et les américains ne parlent pas la même langue que les anglais, au propre comme au figuré : les anglais sont beaucoup plus neutres sur le plan émotionnel, c'est culturel
et ça se retrouve dans leur langue parlée.
Ca se retrouve aussi à l'écrit.
L'orthographe américaine n'est pas la même que
l'orthographe anglaise, les américains, plus pragmatiques qu'attachés aux traditions, font sauter souvent les consonnes inutiles - reliquats d'un passé et d'une histoire qui ne concernent que
l'Europe, depuis au moins Lafayette.
Ca ne me choque pas qu'on fasse évoluer l'orthographe
de notre langue également.
Ca ne me choque pas du tout qu'on prenne en compte le
fait que de plus en plus de personnes disent des zaricots, et qu'on valide cette prononciation à l'Académie Française. La langue est vivante, il faut que les normes la portent comme
telle.
Et c'est amusant de voir, via l'anglicisation de notre
langage, le retour de mots français que Guillaume le Conquérant a exportés en Angleterre en son temps … Saviez-vous que "budget" vient de "bougette", la bourse remplie de monnaie qu'on portait à
sa ceinture, ou que "flirt" vient de "compter fleurette" ?
Seulement voilà, voyez, je suis encore en train de me
la péter grave, là.
Genre regardez-moi combien je sais de choses, est-ce
que le nombre me donne de la valeur ? Est-ce que j'arrive à me hisser au-dessus de ma valeur en affichant mes parcelles de savoir devant des personnes qui ne savent pas forcément me
contredire pour me faire progresser ?
Genre je suis au-dessus de tous ces neuneus voire journaleux anonymes, qui manient mal la langue que moi je maîtrise depuis un quart de siècle … et même, voyez, j'ai des leçons à donner sur le
sujet.
Mais c'est pas vrai. J'en ai pas.
Je ne m'aime pas vous savez. Je n'aime pas ma
maladresse, je ne suis pas jolie, je suis torturée du cortex, et je ne suis pas sûre d'être heureuse - sauf si le bonheur est juste le prix qu'on donne à la juxtaposition de moments qu'on
aimerait bien revivre.
Je préfèrerais savoir m'aimer et aimer mon image,
savoir dire les choses de manière simple, directe et vraie, me sentir jolie et légère - même si je dois l'écrire en faisant une faute par mots.
Savoir vivre est plus précieux que savoir écrire. Je me demande même si on n'écrit pas parce qu'on ne sait pas assez bien vivre (car qui a su écrire sur les gens heureux ?).
J'aimerais mieux n'avoir pas de question, pas certains souvenirs, et aucune orthographe.
Mais bon, je n'ai qu'une vie à vivre.
Et ayé, j'ai donné tous mes livres
Voilà, donc j'ai bien fait mon kéké, je me suis fait
reprendre de volée, je me suis regardée sans complaisance dans le miroir de vos avis, pis j'ai pris ma leçon de conduite, j'aime bien ce blog.
On verra si la leçon porte.
Mirci.
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